PREMIERS COUPS DE PEDALES

Le départ

Sur un nuage

L’émotion du départ nous accompagnera encore sur plusieurs jours. On se dit qu’on a beaucoup de chance d’être si bien entourés et d’être soutenus dans notre projet. C’est ainsi l’esprit vagabond que nous prenons la route vers notre première étape : Azerailles. Nous y sommes attendus par Danièle et François, un couple de warmshowers* très sympathique. Ils nous ont préparé une chambre et un super repas. Au cours du souper, ils nous racontent les aventures de leur fille globe-trotteuse. Nous nous régalons de leurs récits. Le lendemain matin, Danièle nous donne quelques tomates de son jardin et des œufs durs pondus du matin. Nous les remercions chaleureusement avant de reprendre la route, le cœur ouvert et les jambes encore légères. Une étape que nous redoutons nous attend : la traversée des Vosges par le col de Sainte Marie (770 m d’altitude). Mais avant, nous effectuerons notre premier bivouac en amoureux à quelques kilomètres de Saint-Dié <3

Nous voilà maintenant au pied de la montagne, face à notre première difficulté physique. Aujourd’hui, nous avons quelque chose à nous prouver. Il faut passer ce fameux col ! Avant de partir, nous avons bien évidemment fait quelques sorties avec nos vélos pour les réglages mais nous n’avons jamais effectué un tel effort et encore moins avec nos montures chargées à bloc ! Ça commence à grimper un peu puis de plus en plus. Les muscles des cuisses et des fessiers s’activent dans tous les sens, ça tire, ça brûle. Le rythme cardiaque s’accélère, nous faisons des pauses régulières pour reprendre notre souffle. Thibaut semble tout de même plus à l’aise. Il redescendra même sur 50 mètres pour que Claire puisse le prendre en photo sans effort !! <3 À mi-chemin, nous nous arrêtons à un point de vue d'où nous apercevons la ville de Saint-Dié ! On est assez fiers de se dire qu'on a fait tout ce chemin avec nos petites jambes pas entraînées ! Ça nous donne l'énergie pour grimper les deux derniers kilomètres.

Ce jour là, nous passerons un deuxième col avant d’arriver à Sélestat et nous découvrirons qu’il s’agit de celui du Haut Koenigsbourg qui se trouve à 707 mètres d’altitude !! Il commence à pleuvoir dans la descente, on s’en fiche. De toute évidence, l’euphorie du départ nous donne des ailes !! 

Le lendemain, ça tire quand même un peu dans les pattes ! Nous avons passé la nuit chez Guillaume, un autre warmshowers. Ces rencontres sont toujours étonnantes. Le temps d’une soirée, nous sommes plongés dans le quotidien des personnes qui nous accueillent. Les échanges sont amicaux, sympathiques et toujours très enrichissants ! Ce matin-là, nous ne sommes pas hyper pressés de repartir, d’autant que Guillaume nous gâte avec croissants et pain frais pour le petit-déjeuner ! Nous en profitons pour réorganiser nos sacoches. Dans la précipitation du départ, nous n’avons pas vraiment pris le temps de réfléchir à l’équilibre du poids sur les vélos. Mais après quelques jours de pédalage, on voit bien que quelque chose cloche ! Trop de poids à l’avant, pas assez à l’arrière. Et puis la sacoche du porte-bagage arrière de Thibaut est complètement de travers ce qui n’est pas terrible puisqu’elle contient tout le matos informatique. Il faut stabiliser tout ça. Ça tombe bien, Guillaume doit ranger son garage. Nous voilà tous les trois à faire de l’ordre dans nos affaires ! L’énergie est bonne, elle nous fait oublier les douleurs musculaires dans les jambes. Nous repartons vers 14h de Sélestat, direction Fribourg où un autre warmshowers nous attend pour la nuit. Nous sommes à 55 kilomètres de notre destination, il ne faut pas traîner.

* warmshowers : service d’hébergement gratuit proposé par et pour d’autres voyageurs à vélo

Premières difficultés ou comment adopter le lâcher-prise

Une fois en route, nous nous rendrons vite compte que nous avons surestimé nos super-pouvoirs ! Nous avançons sous un soleil de plomb avec le contre-coup de la journée de la veille. Les corps sont éprouvés et nous le font savoir. Nous devons faire des pauses tous les 5/10 kilomètres. Nous arrivons péniblement à la frontière allemande vers 17h et n’avons pas fait 30 kilomètres. Mais la fatigue ne gâchera pas notre plaisir : voilà que nous mettons un pas de plus dans notre voyage en faisant rouler nos deux paires de roues sur le sol du premier pays étranger de notre parcours. Nous avons le sentiment que maintenant, l’aventure peut commencer ! Et cela ne traînera pas. Pour rejoindre Fribourg, nous avons le choix entre couper à travers une petite montagne ou bien contourner cette dernière en ajoutant quelques kilomètres. Étant donné notre état, nous décidons d’éviter la grimpette. Il ne doit pas être loin de 17h30 et il nous reste maintenant 30 kilomètres pour atteindre notre objectif. Confiants, nous continuons à travers champs en suivant le chemin proposé par le GPS. Et puis tout à coup, nous nous retrouvons dans les vignes au pied de cette fameuse montagne. Ça grimpe un peu, rien d’inquiétant au début. Puis, ça grimpe de plus en plus fort. Le GPS indique à droite : une côte monstrueuse nous attend. On y va sans trop réfléchir. 100 mètres plus tard, abandon. Il est 19h, le GPS indique encore 20 kilomètres jusqu’à Fribourg et nous n’avons plus d’énergie. Petit coup dur. Il nous faut trouver une solution de repli rapidement pour la nuit. Une demi heure plus tard, voici chose faite !

Ce soir là, nous nous emmitouflerons comme des momies dans nos sacs de couchage pour contrer une attaque de moustiques et nous endormirons en contemplant un magnifique ciel étoilé <3

Nous nous réveillerons le lendemain matin aux anges. Nous avons survécu à notre premier imprévu ! Notre bonne humeur nous accompagne tout au long de la matinée. Nous profitons de notre passage à Fribourg pour visiter le centre-ville. On se rend vite compte qu’avec nos montures, chose n’est pas facile. Nous décidons alors de sortir de la ville pour pique-niquer… dans un cimetière. Ombragé et calme, l’endroit s’avère parfait pour une petite sieste. De nouveau sur la route, le temps s’est un peu couvert. Il nous reste une trentaine de kilomètres jusqu’à notre destination au lac de Titisee en Forêt Noire. Nous sommes confiants. Sauf que. Sauf que débutants que nous sommes, nous n’avons pas pris en compte le relief de notre itinéraire. Nous nous étions préparés au col de Sainte-Marie car nous connaissions le territoire. Mais au-delà de cette ascension, nous étions incapables d’imaginer que d’autres zones montagneuses pourraient nous attendre jusqu’à l’Euro Vélo 6. Pour nous, d’après nos rapides recherches sur le net, le reste du parcours aurait dû être plutôt plat. L’ avantage avec cette douce naïveté, c’est que nous plongeons rapidement tête la première dans l’expérience du moment présent. Et devinez quoi ? On s’en est pas mal sorti ! C’est donc vers 17h30, dans une forme moyenne et sous les premières gouttes de pluie que nous entamons une côte à 7%. Ce que nous ne savons pas, c’est que cette montée serpente sur une dizaine de kilomètres. Pourtant, on aurait pu s’en douter quand nous avons demandé notre chemin à un monsieur allemand en vélo et que celui-ci nous a regardé de la tête au pieds en nous disant dans sa langue natale un truc du genre : « ça devrait aller, vous êtes jeunes et vous avez l’air costauds mais ne traînez pas trop quand même » ! Il nous montre le chemin, nous filons droit. La pluie tombe de plus belle et nous rince rapidement. Nous continuons sur 1,5 kilomètres au même régime. Le moral et le physique sont à l’image de la météo. Heureusement, il reste encore un peu de mental pour avancer. Notre ami allemand nous a parlé d’une petite « hütte » sur le chemin. Cet espoir nous maintient. Et pour cause, 500 mètres plus loin, nous apercevons enfin le toit d’une cabane. Pourvu qu’elle soit ouverte et qu’elle nous permette de nous abriter. Nous trouvons porte clause mais la chance nous sourira quand même :

Ce soir-là, nous arriverons à faire sécher nos affaires, nous aménagerons un coin pour dormir à l’abri, nous nous laverons et nous préparerons un bon repas chaud. Nous nous apercevons que nous ne manquons de rien et que l’imprévu n’est pas si compliqué à gérer avec un minimum d’organisation et d’ingéniosité. Nous avons le sentiment que tout est possible. Une énergie positive nous enveloppe à nouveau et nous réchauffe.

Ainsi, l’une des plus grandes difficultés que nous rencontrons quotidiennement est celle de l’itinéraire, autant au niveau de l’orientation que du relief. Depuis notre aventure en forêt noire, nous perfectionnons notre méthode et essayons, dans la mesure du possible, de compléter les itinéraires du GPS par une étude de cartes routières. Tant que nous étions sur l’Euro Vélo 6, nous n’avions aucun problème. Des voies sont réservées aux bikers et des panneaux indiquent la direction. Mais une fois sortis de cette grande piste cyclable, il a toujours été beaucoup plus difficile de s’orienter, de savoir quelle route nous pouvons emprunter à vélos et de choisir le meilleur chemin pour éviter les détours de 30 kilomètres. Alors, nous essayons de trouver des cartes. Mais cela n’est pas toujours facile car l’échelle des cartes de randonnées est trop petite et celle des cartes routières est trop grande. Parfois, nous arrivons à trouver des échelles intermédiaires mais ces cartes sont des denrées rares et ne nous préservent pas de mauvaises surprises. Comme cette fois où, en Hongrie, nous nous sommes retrouvés à pousser nos vélos sur des chemins de sables au beau milieu d’une forêt sur 8 kilomètres parce que la piste cyclable qui longeait une route nationale s’est arrêtée nette et que cette même route nationale interdisait scooters, calèches et… vélos. Ce jour-là nous n’avons pas eu d’autre choix que d’aller nous perdre au beau milieu de nul part. Notre solution : l’acceptation ! Ok, nous sommes perdus. Ok, nous n’atteindrons peut-être pas notre objectif des 60 kilomètres jour aujourd’hui. Ok, nous ne dormirons peut-être pas là où nous avions prévu… ET ALORS ? Bah alors rien. Acceptons, adaptons et profitons <3

Il ne faut pas demander que les événements soient comme tu le veux, mais il faut les vouloir comme ils arrivent ; ainsi, ta vie sera heureuse.

Epictète
5 réponses
  1. Christine
    Christine says:

    Joli coup de pied aux fesses de tous ceux qui reportent toute leur vie au lendemain ce qu’ils pourraient faire pour être heureux aujourd’hui ! Joli pied de nez à la futilité et à l’illusion du confort ! Vous êtes l’oxygène qui manque à l’immobilisme !

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    • Bike and See
      Bike and See says:

      Wouaw ! Merci Christine, c’est beau ce que tu dis ^^ Si notre expérience peut aider à comprendre que la vie et le bonheur sont simples alors tant mieux 😉

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